Universités d’entreprise : le goût des formations maison

9 Nov 2017 | Sous l'angle RH | 0 commentaires

Pourquoi l’entreprise laisserait-elle à d’autres le soin de former ses collaborateurs sur des métiers que personne ne connaît aussi bien qu’elle ? Tel est le raisonnement tenu par les organisations ayant créé ou créant leur université d’entreprise. La France compte aujourd’hui près d’une centaine de ces « centres de formation internes » parfois dénommés académie ou institut. Quels sont leurs atouts, leurs points faibles, et quels défis leur faut-il relever aujourd’hui ?

Un principe ancien qui évolue

Nous avons évoqué, dans un précédent article, la formation en interne. L’université d’entreprise représente le stade ultime de cette démarche.

Apparues aux États-Unis dès les années 30 et en France il y a une trentaine d’années, les universités d’entreprise visent aujourd’hui à accompagner au plus près la transformation des organisations. Si les plus anciennes ont surtout été conçues pour améliorer le parcours des salariés et mutualiser les bonnes pratiques managériales, toutes s’efforcent désormais de répondre à ces trois objectifs :

  • permettre aux collaborateurs de faire face aux évolutions business et/ou stratégiques de l’entreprise ;
  • fidéliser ces mêmes collaborateurs – et donc limiter le turnover – en accroissant leurs compétences, et par là même en valorisant leur employabilité ;
  • faire partager aux salariés une culture de travail commune (ce qui est particulièrement vrai pour les groupes se développant par la voie d’acquisitions externes) et leur transmettre les valeurs de l’entreprise.

Au sein des grands groupes, le management constitue historiquement le sujet central des universités d’entreprise, ce qui explique pourquoi elles s’adressent encore, avant tout, aux cadres dirigeants. À titre d’exemple, le groupe Bouygues a baptisé Institut du management son université d’entreprise créée en 1999, avec pour objectif de créer à la fois du lien et de la cohérence managériale entre les top-managers de l’organisation.

Cependant, la tendance est à l’élargissement à une cible plus étendue de salariés, et certaines universités d’entreprise s’ouvrent même aux simples employés.

Partenariats prestigieux pour formations diplômantes

Les académies ou universités d’entreprise sont de plus en plus nombreuses à nouer des partenariats avec de grandes écoles ou des universités. Ce phénomène s’explique par trois raisons majeures :

  • Le recours au monde universitaire permet d’envisager et traiter des problématiques propres à l’entreprise à travers le prisme des connaissances universitaires : cela permet d’accroitre le niveau des contenus dispensés aux bénéficiaires tout en leur préservant une dimension « sur-mesure »
  • Établir un partenariat avec une institution renommée confère à l’entreprise un certain prestige, qu’elle ne manquera pas de mettre en avant dans la promotion de son université. C’est le cas, par exemple, de l’université de Veolia Campus Veolia avec l’Essec.
  • Le partenariat peut être établi de façon à ce que la formation dispensée soit dipômante

Le double défi du digital pour les universités d’entreprises

Toutefois, l’arrivée du digital et son développement dans les dispositifs de formation poussent aujourd’hui les universités d’entreprise vers des partenariats visant moins le prestige universitaire que la dimension innovante et attractive de la technologie. Elles réalisent ainsi de plus en plus de programmes avec des start-ups ou des incubateurs, ce qui leur permet de viser l’efficacité des contenus tout en dépoussiérant leur image. Une démarche rendue nécessaire par les attentes des nouvelles générations de collaborateurs.

Indépendamment de la question des partenariats, le digital représente un double défi pour les universités d’entreprise : d’une part, parce qu’elles doivent former les collaborateurs à de nouveaux usages et méthodologies induits par le numérique ; d’autre part, parce que les technologies digitales doivent leur permettre d’enrichir leur offre de formation tout en réduisant les coûts. En effet, si l’on s’en tient aux dispositifs les plus répandus de formation à distance, ils sont plus accessibles, plus interactifs et moins coûteux que les formations en présentiel.

Le digital peut dynamiser les universités d’entreprises grâce à la diversification des supports, la personnalisation, l’interactivité et l’attractivité qu’il a apportées à la formation professionnelle depuis quelques années. Les possibilités d’établir des programmes réellement sur mesure n’ont jamais été aussi grandes : les seules limites sont l’ambition de l’entreprise et l’aspect financier de la digitalisation.

Un investissement élevé parfois remis en cause

De fait, le coût des universités d’entreprise est souvent pointé du doigt au sein même des organisations. Certaines d’entre elles, pour cette raison, ne dotent pas leur « académie » de locaux dédiés : le terme ne désigne alors que des programmes de formation regroupés sous une marque interne. A contrario, d’autres, comme Campus Veolia qui revendique plus de 20 sites à travers le monde, représentent des investissements très conséquents. Pour ces dernières, l’exigence de résultat va évidemment au-delà d’une bonne diffusion de la culture d’entreprise !

Si les centres de formation internes ont longtemps représenté un avantage concurrentiel indiscutable, beaucoup d’entre eux ne donnent plus les résultats attendus.

Le boom des technologies digitales a engendré un flux continu d’innovation managériale, de disruption sur les marchés, de désintermédiation avec les clients, qui a créé un décalage avec les contenus des formations. Aligner les programmes avec la stratégie des organisations représente ainsi, aujourd’hui, le grand enjeu des universités d’entreprise.

Pour y faire face, ces dernières doivent, comme l’entreprise elle-même, gagner en agilité. Il ne s’agit plus seulement de satisfaire des besoins de formation à court terme, mais d’être à même de proposer des programmes anticipant les changements d’orientation stratégique. Plus encore, les universités d’entreprise doivent être en mesure de peser sur l’élaboration des stratégies : ce n’est qu’en conquérant pleinement leur place au cœur des organisations qu’elles pourront y parvenir.