Transitions professionnelles et formation continue : un lien encore à optimiser

28 Juin 2018 | Tendances du marché | 0 commentaires

Dans le contexte économique créé par la révolution digitale, les entreprises sont toujours plus demandeuses d’agilité. Tous les actifs doivent actualiser leurs savoirs pour préserver leur employabilité, et nombre d’entre eux doivent un jour ou l’autre se reconvertir. Dans ce domaine des transitions professionnelles, la formation continue joue un rôle essentiel. Cependant, la 3e édition de l’Observatoire des trajectoires professionnelles montre que les outils à dispositions des salariés, comme le CPF, sont insuffisamment utilisés.

 

Piloté depuis trois ans par le Lab’Ho (observatoire des hommes et des organisations du groupe Adecco) et par le Lispe (laboratoire d’innovation sociale et de la performance économique de l’école IGS-RH), l’Observatoire des trajectoires professionnelles interroge annuellement 1 000 actifs représentatifs de la population française. Parue le 29 mai, sa 3e édition est riche d’enseignements sur la mobilité des salariés et leur rapport à la formation professionnelle.

 

Des transitions professionnelles pas toujours satisfaisantes

Premier élément notable, la mobilité professionnelle est bien réelle en France. En effet, chaque année depuis que l’Observatoire existe, plus d’un quart des actifs (26,9 % de la population active occupée) a connu une transition professionnelle sur l’année écoulée. Les populations les plus concernées sont :

  • Les femmes : 30,5 % d’entre elles ont effectué une transition professionnelle contre 22,4 % des hommes ;
  • Les salariés les plus jeunes : près de la moitié (49,6 %) des salariés de 18 à 26 ans a connu une transition.

En termes de niveau de qualification, les plus susceptibles de vivre une transition professionnelle sont les moins diplômés (niveau collège) et… les plus diplômés (niveau Bac +3 à Bac +8).

L’étude nous donne également des indications sur les souhaits de mobilité des répondants :

  • un actif occupé sur 10 envisage de quitter son emploi dans l’année à venir ;
  • un actif occupé sur 10 envisage de changer de profession.

Elle met aussi en lumière ce fait : les actifs qui connaissent une transition professionnelle ont, au bout de celle-ci, un niveau de satisfaction mitigé quant à leur nouvelle situation. Ainsi :

  • un répondant sur 5, parmi ceux ayant connu une transition dans l’année écoulée, envisage de changer de profession dans l’année à venir.

Ce dernier chiffre interroge l’efficacité des dispositifs existants, ou à tout le moins leur bonne appréhension par les actifs. Ces derniers sont-ils bien informés sur les outils à leur disposition ? Est-il pour eux facile de les utiliser ?

 

La formation plébiscitée, mais des outils trop peu utilisés

Comment changer de fonction, voire de secteur, sans acquérir de nouvelles compétences et qualifications ? Sur ce plan, les salariés français ont conscience du rôle décisif de la formation. Dès lors, on peut se demander pourquoi le CPF est aussi peu sollicité par les répondants. L’étude révèle ainsi que :

> parmi les actifs :

  • plus de 3 sur 5 envisagent de suivre une formation dans les cinq ans à venir pour faire évoluer leur carrière ;
  • près d’1 sur 4 (23,4 %) déclare ne pas savoir ce qu’est le CPF ;
  • 1 sur 5 (20,9 %) déclare avoir ouvert son CPF ;
  • seulement 3,6 % d’entre eux ont sollicité une formation au travers de leur CPF

Par ailleurs, seuls 30 % d’entre eux ont eu un entretien professionnel au cours duquel ils ont pu aborder leur carrière sur les 12 derniers mois.

 

> parmi les actifs envisageant de changer de profession dans l’année à venir :

  • 84 % envisagent de suivre une formation dans les cinq ans à venir pour faire évoluer leur carrière ;
  • 52,9 % seraient prêts à financer eux-mêmes une partie de cette formation
  • 57,1 % ne voient pas exactement à quoi correspond le CPF ;
  • 70,6 % n’ont pas ouvert leur CPF.

En outre, ces répondants ne sont que 16 % à avoir bénéficié d’un entretien professionnel au cours de l’année, soit nettement moins nombreux que l’ensemble des actifs interrogés. Relevons enfin que plus de la moitié d’entre eux (54,6 %) déclarent ne pas savoir vers qui se tourner pour trouver de l’accompagnement et faire évoluer leur carrière !

Les raisons invoquées par l’ensemble des répondants n’ayant pas ouvert leur CPF sont révélatrices d’un défaut de communication et d’accompagnement dans la démarche. Certes, 29,1 % des personnes interrogées affirment ne pas vouloir suivre de formation, mais :

  • 21,6 % ne savent pas comment ouvrir leur CPF ;
  • 16,4 % ne comprennent pas l’intérêt du dispositif ;
  • 3,4 % ont essayé d’activer leur compte, mais ont trouvé ça trop compliqué.

À l’évidence, il reste du chemin à parcourir au sein des entreprises pour inciter les salariés à exploiter pleinement les nouvelles ressources mises à leur disposition pour se former, et pour leur délivrer une information de qualité sur le sujet formation. La réussite de toute transition professionnelle est étroitement liée à ces éléments.

 

La formation continue apparait incontournable à l’heure où l’exécutif parle beaucoup de « sécurisation des parcours », mais l’acte de formation en lui-même ne suffit pas. La pédagogie ne peut être déployée seulement pour la transmission des connaissances et l’acquisition de compétences, il lui faut aussi soutenir l’orientation et l’information des futurs formés. Si le CEP (conseil en évolution professionnelle) – qui, rappelons-le, est un service gratuit – mérite d’être promu auprès des personnes souhaitant définir un projet professionnel et articuler avec ce projet des choix de formations cohérents, les DRH et responsables formation doivent également s’investir dans la bonne appropriation par tous les salariés des outils en place.