Le reverse mentoring : simple gadget ou véritable atout ?

28 Fév 2017 | Innovation et tendances | 0 commentaires

Toujours connectés, toujours au fait des nouveautés sur les réseaux sociaux, les digitals natives sont aujourd’hui mis à contribution pour permettre à leurs ainés dans l’entreprise de s’initier aux arcanes de la communication digitale. Une opportunité pour la génération Y de se mettre en valeur, avec le risque de le faire au travers d’une activité segmentante jouant avec les stéréotypes des geeks toujours accrochés à leurs smartphones. Le reverse mentoring même s’il constitue une avancée positive pourrait tout compte fait avoir un effet très limité de brassage intergénérationnel.

Le reverse mentoring : une tendance venue des Etats-Unis

Apparu aux états Unis dans les années 90 chez General Electric le reverse mentoring consiste à affecter aux dirigeants expérimentés un jeune salarié rompu aux usages des nouvelles technologies et des réseaux sociaux. Ces digitals natives la plupart du temps issus de la génération Y voir Z, partagent leur expérience et leur savoir-faire pendant des séances d’informations ou un accompagnement personnalisé. Cette façon de faire qui bouscule parfois les règles hiérarchiques de l’entreprise est la plupart du temps bien accueillie. Pour les jeunes mentors, c’est l’occasion de se mettre en valeur, de se sentir immédiatement plus utile dans l’entreprise à travers une transmission de connaissances qu’ils maîtrisent. Pour les mentorés, il s’agit d’acquérir de nouvelles compétences afin de mieux communiquer et de continuer de jouer un rôle inspirant voir managérial via les réseaux sociaux et les nouvelles technologies.

Savoir allier technologie et pédagogie

Mais la connaissance de l’univers du numérique et le savoir technique ne fait pas tout. Pour les jeunes salariés il est nécessaire de faire aussi preuve de patience et de pédagogie. Il est important également d’identifier le niveau de maîtrise des différents mentorés car on ne s’adresse pas de la même façon à un individu qui sait à peine se servir d’une boîte mail par rapport à un autre qui cherche à optimiser sa présence sur Twitter. Pour rester dans la course et rester crédibles, les jeunes employés doivent eux aussi s’appuyer sur une expertise extérieure via des communautés, des mises à niveau régulières et des formations.

Un accélérateur de carrière

Aux compétences numériques et pédagogiques s’ajoute la connaissance des besoins liés à des fonctions particulières. Le jeune salarié en adaptant son discours à la problématique spécifique de son interlocuteur se présente comme apporteur de solutions et peut ainsi tisser des liens forts avec les tops managers de l’entreprise et progresser plus rapidement (92% des mentors ont obtenu une promotion un an seulement après avoir participé au programme de reverse mentoring). Une façon de se rendre indispensable et de casser les clivages intergénérationnels classiques. Ce clivage qui veut que la connaissance et le savoir-faire soit d’abord l’apanage des membres de l’entreprise plus senior.

Une nouvelle façon de créer de la cohésion ?

Le numérique et les réseaux sociaux bousculent cet ordre établit et c’est tant mieux. Ces nouveaux moyens de communications en plus d’accélérer les choses ont donc un effet inattendu : permettre aux différentes générations de mieux communiquer entre elles dans l’entreprise et d’inventer ensemble une nouvelle façon de travailler plus interdépendante et moins subie. C’est ce que l’on peut appeler un vrai progrès, mais la route est encore longue pour créer une véritable tendance de fond.
Au-delà de l’univers des réseaux sociaux et du digital, le reverse mentoring est à la peine, voire inexistant. La mise en valeur des jeunes générations dans les entreprises est réduite à ce pré carré numérique et participe activement à la construction du stéréotype du jeune geek ultra connecté. Quid alors de la reconnaissance des compétences des jeunes générations dans d’autres secteurs ? A quand un reverse mentoring qui s’ouvre sur de nouveaux métiers?

Les enjeux cachés du reverse mentoring

Au-delà des enjeux pour les entreprises, il s’agit aussi d’un véritable enjeu de société. Le reverse mentoring s’il était généralisé permettrait d’intégrer de nouvelles personnes d’expérience dans différents métiers. Ce serait pour les seniors en recherche de reconversion un moyen d’accéder à un nouveau poste sans préjugés et de pouvoir poursuivre plus facilement leurs parcours professionnels grâce à la solidarité entre générations.
Rien de tel pour le moment. En lieu et place d’un reverse mentoring spontané ce sont les aides de l’état (réduction générale de cotisations, financement des frais de formation…) qui prennent le relais pour soutenir artificiellement le mélange intergénérationnel dans les entreprises.

Un périmètre d’influence limité

A y regarder d’encore plus près, l’influence du reverse mentoring se limite la plupart du temps aux grandes entreprises en demande d’une plus grande fluidité numérique entre ses différents services. Ce brassage de générations en ne sortant pas de ce périmètre aura du mal à devenir un phénomène de fond qui permettra avec succès l’intégration des Y et Z dans tous les secteurs de la vie économique.

Pour le moment le reverse mentoring peut être considéré comme une belle avancée. Elle reste néanmoins trop limitée pour bousculer vraiment les tendances lourdes qui structurent beaucoup d’entreprises en France. Jeunisme et prise de décision verticale et unilatérale ont encore de beaux jours devant eux. Au reverse mentoring limité à l’univers des réseaux sociaux et de la communication, on préférera donc l’acquisition de compétences. Un moyen plus adapté pour ouvrir à un maximum de personnes l’opportunité de montrer ce qu’elles savent faire en dehors de tout préjugé et de tout stéréotype.