Présidentielle : la formation continue au programme

11 Avr 2017 | L'actu en bref | 0 commentaires

Souvent évoquée dans le discours des politiques, la formation professionnelle n’a pour autant jamais constitué un grand thème de campagne présidentielle en France. Volontiers taxée par les leaders de ne pas remplir son rôle comme elle le devrait, elle est en général associée aux mesures proposées pour lutter contre le chômage et renforcer la compétitivité des entreprises. Reste que, si tous les candidats affirment vouloir tirer un meilleur parti de la formation continue, le flou baigne souvent leurs propositions. Que disent précisément leurs programmes dans ce domaine ? Inventaire.

Ce qui a été mis en place durant le mandat du président sortant

L’action conduite sur la formation professionnelle durant le quinquennat de François Hollande s’est concrétisée par la mise en place de mesures d’une certaine ampleur :

L’objet de cet article n’est pas de statuer sur l’impact positif ou négatif de ces mesures sur la formation professionnelle, d’autant qu’il est encore tôt pour en évaluer toute la portée. En revanche, il convient en examinant les programmes des candidats de se poser la question suivante : toutes ou partie de ces mesures peuvent-elles être remises en cause par l’élection de l’un ou l’autre prétendant à l’Élysée ?

Ce que proposent les principaux candidats

Dans un contexte de chômage élevé, tous les politiques s’accordent à reconnaître le rôle fondamental de la formation pour favoriser l’emploi des chômeurs et sécuriser les parcours des actifs. En se référant aux sites de campagne des principaux candidats, voici ce que nous proposent ces derniers, classés par ordre alphabétique :

François Fillon

Pour le candidat vainqueur de la primaire de la droite et du centre, la formation professionnelle « ne remplit pas parfaitement son rôle d’orientation vers les secteurs porteurs ». Il propose ainsi de :

  • « sécuriser les parcours professionnels » par la création d’un « capital formation » pour chaque Français. Celui-ci remplacerait les dispositifs existants tels que le CPF et le CIF.
  • « Rationaliser et débureaucratiser les fonds de la formation professionnelle »
  • Plus généralement, « promouvoir la reconnaissance des compétences et arrêter de privilégier uniquement le diplôme ».

Benoît Hamon

Le candidat vainqueur de la primaire de la gauche propose la création d’un « droit universel à la formation tout au long de la vie ». Il souhaite pour y parvenir :

  • Procéder à « un rapprochement entre formation continue et formation initiale ».
  • Faire des universités et des écoles les principaux acteurs de la formation continue, ce qui suppose « d’investir dans l’ingénierie pédagogique et dans la promotion de cette offre nouvelle ».
  • Doter chaque actif d’un « droit à un an de congé formation » pour acquérir un diplôme ou une qualification.
  • Mettre en place un « plan de formation continue des enseignants » permettant à chacun d’eux de bénéficier de 3 à 10 jours de formation tous les ans.
  • Améliorer les parcours professionnels des agents publics par la « priorité donnée à la formation continue » et la « création d’un droit à la reconversion».

Benoit Hamon propose également de financer la formation de certains salariés aux métiers émergents par une contribution sociale sur les robots, qui alimenterait un Fonds de Transition Travail (FTT).

Marine Le Pen

La candidate du Front National affirme vouloir « rendre la formation professionnelle plus efficace, moins opaque et moins coûteuse ». Même s’il ne s’agit pas directement de formation professionnelle, on note aussi que Marine Le Pen souhaite « élargir et généraliser le 3e concours de la fonction publique et le réserver aux plus de 45 ans ayant au moins 8 ans d’expérience dans le privé ».

Emmanuel Macron

Le candidat d’En marche ! déroule une série de propositions pour « créer une formation professionnelle à la hauteur » :

  • Consacrer « 15 milliards aux compétences et qualifications des Français avec un plan de formation ambitieux des jeunes et des demandeurs d’emploi ». Les droits à la formation seraient augmentés proportionnellement aux besoins de qualification.
  • Transformer « la majeure partie des contributions actuelles des entreprises pour la formation » en « droits individuels pour les actifs ». Ces droits pourraient être utilisés librement auprès des organismes de formation, sans médiation.
  • Supprimer l’intermédiation assurée par les Opca. Les partenaires sociaux perdraient la gouvernance de la formation professionnelle au niveau national.
  • Labelliser tous les organismes de formation avec obligation « d’afficher leurs performances ».

Jean-Luc Mélenchon, enfin, propose d’inclure la formation professionnelle « dans le service public de l’enseignement professionnel ». Malgré son passé de secrétaire d’État à la formation professionnelle, son programme est, comme celui de Marine Le Pen, peu détaillé. En termes de financement, Jean-Luc Mélenchon propose de mettre en place une allocation d’autonomie pour ceux qui suivent une formation qualifiante.

En matière de synthèse, on relève que ces candidats ne reviennent pas sur la mesure phare de l’équipe sortante, le CPF. Même s’il est renommé par certains, les principes de droit à la formation tout au long de la vie professionnelle et de portabilité des droits d’une entreprise à l’autre ne sont pas remis en cause. On relèvera aussi que les Opca ne sont menacés explicitement que par le programme d’Emmanuel Macron. Par ailleurs, si ce dernier et François Fillon privilégient plutôt le marché privé de la formation, Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon promeuvent de leur côté une gestion plus étatisée du système. Est-il utile, enfin, de rappeler qu’un programme n’est pas forcément mis en œuvre, et que ce qui est mis en œuvre ne figure pas toujours dans les programmes : c’était le cas, par exemple, du CPF…