Les neurosciences au service de la formation professionnelle

5 Avr 2017 | Innovation et tendances | 1 commentaire

Les récents développements de la recherche en neurosciences mettent en lumière de nouvelles voies pour améliorer et transformer l’apprentissage des adultes, d’où un intérêt de plus en plus marqué de la part des entreprises et des professionnels de la formation. Que peuvent apporter les neurosciences cognitives à la formation professionnelle ? Premiers pas dans un domaine dont l’exploration promet d’être passionnante.

Pourquoi les neurosciences intéressent la formation

Nées de la convergence de plusieurs disciplines s’intéressant à l’esprit humain, les neurosciences cognitives sont une branche des neurosciences apparue dans les années 50. L’éducation des enfants a été et demeure l’un des premiers champs d’application des neurosciences cognitives, qui se sont constituées en discipline unifiée vers la fin des années 70.

Aujourd’hui, les changements profonds que traversent les mondes du travail et de l’entreprise créent un contexte propice à l’utilisation des neurosciences dans la formation des adultes.

La quête perpétuelle d’agilité des organisations a fait de la formation professionnelle un enjeu stratégique, d’où un intérêt accru des entreprises pour tout ce qui permet :

  • d’apprendre plus facilement (mémorisation)
  • d’apprendre régulièrement (voire perpétuellement, l’adaptabilité étant devenue une qualité primordiale aux yeux des employeurs)
  • d’apprendre plus efficacement, en tirant profit rapidement de ce que l’on a appris.

L’heure semble donc venue de réapprendre à apprendre… et pour ce faire, nous le verrons, d’apprendre à désapprendre !

Travailler sur toutes les dimensions du cerveau

À l’instar de l’apprentissage scolaire et universitaire, la formation professionnelle dans notre pays a longtemps été dispensée exclusivement au moyen de cours magistraux : un mode linéaire qui, selon les spécialistes, sollicite essentiellement la partie gauche du cerveau. L’un des intérêts des neurosciences est qu’elles font appel à l’intelligence émotionnelle, ce qui permet de travailler sur toutes les dimensions du cerveau : droit, gauche, médian, cervelet : « Outre-Manche, les cours sont enseignés via le mind mapping qui permet une mémorisation beaucoup plus large, la méthode stimulant les quatre cerveaux » relève ainsi David Lefrançois, directeur de l’Institut des Neurosciences.

La résistance aux routines cognitives

Formatrice et conférencière spécialiste des pédagogies s’appuyant sur les découvertes des neurosciences, Bernadette Lecerf-Thomas distingue schématiquement quatre façons d’apprendre :

  • le mimétisme,
  • les instructions venant d’autrui,
  • l’apprentissage par essai/erreur,
  • la résistance aux routines cognitives.

La résistance aux routines cognitives désigne la capacité de notre cerveau à inhiber les automatismes de pensée pour nous permettre de réfléchir.

Professeur à l’Université Paris Descartes et à la tête du Laboratoire LaPsyDé du CNRS, Olivier Houdé a développé une théorie innovante, « apprendre à résister ». Celle-ci part du postulat selon lequel le cerveau fonctionne avec deux types de stratégies pour résoudre les problèmes : l’heuristique et l’algorithme. L’heuristique est une logique rapide et intuitive, reliant par exemple la dimension au nombre. L’algorithme, lui, demande un effort cognitif et une analyse, mais contrairement à l’heuristique conduit de façon certaine au bon résultat. Or l’heuristique est si rapide qu’elle nous empêche souvent d’être logiques et rationnels.

Intervient alors un troisième système, l’inhibition, qui permet de résister aux heuristiques et d’activer nos algorithmes. Les progrès dans l’imagerie cérébrale ont permis à Olivier Houdé de conforter sa théorie en montrant que, pour réaliser certaines tâches, le système inhibiteur doit s’activer, désamorcer les automatismes et enclencher rapidement la réflexion. Bien qu’ici sommairement résumée, cette théorie permet d’entrevoir le chemin d’un apprentissage plus efficace.

Apprendre à désapprendre

Pour Bernadette Lecerf-Thomas, aborder un changement ou un apprentissage implique ainsi d’inhiber certains neurones et d’en solliciter d’autres, sous peine de voir les routines cognitives l’emporter.

Le processus conduit donc à désapprendre, à changer de perceptions. Il est aussi nécessaire de changer de système de valorisation, c’est-à-dire d’accepter des perturbations émotionnelles, et de déplacer son attention sur de nouveaux critères. Le changement de représentation opéré pour apprendre génère des pertes, mais surtout des gains qu’il faut considérer. Comprendre ce processus est important pour lutter contre la peur du changement, qui constitue souvent un frein à l’assimilation des nouvelles connaissances. Se mettre délibérément dans une logique de désapprentissage, en connaissance de cause, permet à la fois de maîtriser sa peur, de gagner en motivation et de monter plus facilement en compétence.

Neurosciences et modes de formation

Quels que soient les contenus de leurs formations, les organismes qui s’appuient sur les neurosciences partagent certains fondamentaux : centrer la pédagogie sur l’apprenant, l’aider à découvrir le fonctionnement de son cerveau pour choisir la forme d’apprentissage la plus adaptée, diversifier les modes d’apprentissage. Ce dernier point fait apparemment l’unanimité, car il permet de solliciter « tous les cerveaux » de l’apprenant. La digitalisation ayant généré, en peu d’années, une grande diversité de modes de formation, les neurosciences devraient favoriser un meilleur ciblage de ces nouveaux outils.

En permettant d’utiliser à bon escient les nombreux modes d’apprentissage apportés par le digital à la formation professionnelle, les neurosciences donnent tout leur sens à des dispositifs parfois décriés pour leur côté « gadget ». Elles peuvent aussi apporter une caution à des outils comme les serious games, qui sollicitent le circuit cérébral de la récompense et jouent en cela un rôle clé dans la motivation des apprenants.