Les formations en langues à la peine

30 Mar 2017 | Innovation et tendances | 0 commentaires

Reconnaissons-le sans rougir, la pratique des langues étrangères n’est pas le meilleur pôle d’expertise des Français. Sans doute était-ce pour y remédier que les langues tenaient, jusqu’à il y a peu, la première place dans les demandes de formation professionnelle ? Ce n’est aujourd’hui plus le cas et, à en croire le 9e baromètre de la Formation Professionnelle, c’est la réforme de la formation professionnelle qui a changé la donne. Explications.

My tailer is not rich anymore

Livré chaque année par Place de la formation, le 9e Baromètre de la Formation Professionnelle met en exergue ce fait nouveau : l’apprentissage et le perfectionnement en langue perdent leur 1re place et sont relégués à la troisième marche du podium, derrière les modules liés à la sécurité-qualité et au développement personnel. Les chiffres sont éloquents : les langues représentaient 26,5 % des formations les plus demandées par les entreprises en 2014, contre seulement 14,6 % en 2016.

Si plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène, toutes paraissent liées, de près ou de loin, à la réforme de la formation professionnelle :

  • la disparition du DIF : supprimé, ce dispositif constituait un moyen majeur pour les salariés de financer leurs formations en langue (50 % de celles-ci en 2014 selon Place de la Formation, 35 % en 2006 selon la FFP et le GARF).
  • une inertie du CPF : le passage de témoin du DIF au CPF s’est opéré tardivement, les formations en langues n’ayant été déclarées éligibles à ce dispositif qu’à partir de février 2015 et dévoilées au compte-goutte au fil des listes successives.
  • une adaptation laborieuse des organismes : il a fallu à ces derniers du temps pour se mettre en conformité avec les nouvelles exigences légales, d’où un effondrement du nombre d’entrées en stage.
  • une baisse des budgets formation : a priori temporaire, cette baisse a été constatée dans les entreprises au moment de la mise en œuvre de la réforme professionnelle de la formation.

Outre ces éléments, l’entrée en vigueur du Compte personnel de formation (CPF) le 1er janvier 2015 permet aux salariés de disposer librement d’un crédit d’heures, sous réserve qu’ils suivent une formation qualifiante, certifiante ou diplômante. Ce point a généré une « course à la certification » chez les organismes de formation, à laquelle certains d’entre eux n’ont pas su, pu ou voulu faire face : selon Jérôme Lesage, PDG de Place de la Formation, « 2.700 organismes auraient déposé le bilan, faute de prestations suffisantes  ». Un « assainissement » du marché dont il faut également tenir compte.

Nouvelles obligations, nouvelles priorités

La réforme de la formation professionnelle a modifié les obligations de financement des entreprises. Avant sa mise en place, les employeurs étaient tenus de dépenser 0,9 % de leur masse salariale en formation. Certains DRH ont ainsi pu, dans le seul but de remplir cette obligation, valider des formations en langues sans chercher à répondre à un besoin réel de l’entreprise.

Les entreprises doivent désormais s’acquitter obligatoirement d’une contribution unique de 0,55 % pour les entreprises de 1 à 9 salariés, 1 % pour les entreprises de 10 salariés et plus. Par ailleurs, le renforcement par la réforme de l’obligation de formation de tous les salariés a lui aussi poussé les entreprises à privilégier les modules obligatoires, notamment ceux consacrés à la sécurité et à la qualité.

C’est ainsi que la thématique sécurité-qualité occupe la tête du classement en 2016, avec plus de 17 % des demandes de formation, contre environ 8 % en 2012. La réduction mécanique des budgets de formation liée à la mise en œuvre de la réforme explique au moins en partie cette augmentation spectaculaire : le thème de la sécurité recouvre en effet des formations obligatoires (habilitation électrique, premiers secours, prévention, sécurité incendie, etc.) et renouvelables tous les deux ou trois ans.

Le développement personnel constitue la deuxième priorité des employeurs en 2016. À l’heure où l’agilité est perçue comme la qualité la plus stratégique des entreprises, le développement des « soft skills » des collaborateurs, comme l’adaptabilité, est perçu et traité comme un enjeu majeur par les DRH. Dans ce contexte, les démarches de coaching ont le vent en poupe. Elles sont déployées, par exemple, pour accompagner les prises de poste, les changements de fonction ou de secteur.

Si l’impact de la réforme de la formation professionnelle est indéniable sur la décrue des formations en langues, on peut noter que le recul de ce marché s’était amorcé avant la réforme. Selon une étude de l’organisme de formation Linguaid, le chiffre d’affaires du secteur avait déjà baissé de 15 % (en euros constants) entre 2008 et 2014. D’autre part, l’effet de baisse lié à l’anticipation insuffisante de la procédure de labellisation par les organismes de formations pourrait n’être que transitoire. La maîtrise d’une langue étrangère, et notamment de l’anglais qui représente 77 % des demandes dans ce domaine, reste un besoin fort dans les entreprises françaises.