Les Français misent aujourd’hui sur la formation professionnelle

1 Fév 2018 | Tendances du marché | 0 commentaires

Et si la formation professionnelle était le meilleur moyen de faire face aux grandes mutations du monde du travail et de se prémunir contre le chômage ? Ce point de vue fait sans doute l’unanimité dans l’écosystème de la formation, mais il est intéressant et encourageant de voir qu’une majorité de Français le partage ! D’après une étude Afpa-Ipsos, c’est bien sur la formation que ces derniers comptent pour surmonter les difficultés liées aux transformations du monde professionnel. Décryptage.

Les transformations du monde professionnel : menace ou opportunité ?

Conduite fin octobre et début novembre 2017 auprès de 3 000 personnes, une grande étude Afpa-Ipsos révèle que les Français placent beaucoup d’espoir dans la formation professionnelle pour venir à bout des incertitudes de l’avenir. Premier enseignement de cette enquête, nos compatriotes sont bien conscients des mutations profondes du travail : 92 % des actifs interrogés (soit 2 273 répondants sur les 3 003 contactés) considèrent en effet que « le monde professionnel connaît une transformation sans précédent dans l’histoire ».

Les avis sont en revanche partagés en ce qui concerne les implications et impacts de cette transformation. Trois Français sur 10 la perçoivent comme une menace, alors qu’ils ne sont qu’un quart à la voir comme une opportunité. Pour une très large partie des répondants (44 %), il est impossible de trancher entre les deux.

On note que le pourcentage des « optimistes » est nettement plus élevé dans les catégories socioprofessionnelles dites « supérieures » (40 % chez les indépendants, cadres supérieurs ou professions intermédiaires) et chez les personnes vivant au sein de foyers dont les revenus annuels dépassent 36 000 € (40 %), ainsi que chez les plus jeunes. En revanche, les seniors et les chômeurs se montrent plus pessimistes, ce qui est aussi le cas des moins fortunés et des moins qualifiés.

Enfin, les réponses des actifs ne permettent pas de dégager une tendance forte quand on leur demande s’ils se sentent suffisamment armés professionnellement pour faire face aux mutations : 28 % estiment l’être, 31 % pensent le contraire, 35 % ne savent pas et 6 % ne se sentent pas concernés. Reflet d’un compréhensible sentiment de mise à l’écart, les répondants en recherche d’emploi sont, eux, 40 % à se trouver insuffisamment armés.

La formation professionnelle comme recours

La perception qu’ont les Français de la formation professionnelle constitue l’une des bonnes surprises de l’étude. En cas de menace sur leur emploi, les réactions des répondants sont claires : 82 % des actifs citent en premier le recours à une formation pour pouvoir se reconvertir ou changer de fonction. Certes, ils sont 80 % à parler d’abord de changer d’entreprise, mais 75 % opteraient pour un changement de métier, ce qui impliquerait alors une ou plusieurs formations.

On peut relever que la mobilité professionnelle tente moins de la moitié des répondants (45 %), et qu’un petit tiers d’entre eux (32 %) envisagerait de créer sa propre activité.

Paradoxe notable, les personnes les moins qualifiées, à savoir celles n’ayant pas de Bac ou ne justifiant que de ce seul diplôme, envisagent moins d’avoir recours à la formation (74 %) que la moyenne de l’échantillonnage (82 %).

77 % des Français font « confiance à la formation professionnelle pour sécuriser leur parcours »

Le chiffre le plus éloquent de l’étude reste sans doute celui-ci : 77 % des Français font « confiance à la formation professionnelle pour sécuriser leur parcours », alors qu’ils ne sont que 10 % à compter plutôt sur les diplômes de la formation initiale. Les mentalités sont donc bel et bien en train de bouger en France, pays réputé depuis des décennies pour privilégier le diplôme aux compétences acquises durant le parcours professionnel. Cependant, il peut y avoir plus d’un pas de l’intention de formation à la formation effective ; les Français font confiance à la formation, mais maîtrisent-ils la façon dont elle fonctionne ?

Une information insuffisamment claire et accessible

L’information disponible concernant les dispositifs de la formation professionnelle est-elle claire ? Seuls 37 % des actifs interrogés pour l’étude le pensent. À défaut, est-elle accessible ? Moins de la majorité de ces répondants (45 %) est de cet avis.

Quelque peu inquiétants, ces chiffres ne constituent en fait qu’une demi-surprise. De source officielle, en effet, le nombre de CPF ouverts et validés au 1er janvier 2018 n’est que d’un peu plus de 5 millions 200 000… En rapprochant ce chiffre du nombre total d’actifs (29 millions, dont 5,9 millions de chômeurs), il semble difficile de nier une carence d’information et de sensibilisation sur le compte personnel de formation, outil pourtant central pour prendre en main son parcours professionnel.

L’étude livre enfin quelques chiffres sur les attentes des actifs vis-à-vis de la prochaine réforme de la formation professionnelle. La « possibilité de se former sur le temps de travail » arrive en tête des réponses données (21 %), et « un système souple prenant en compte toute les situations professionnelles (chômage, changement de métier, évolution) » pointe en deuxième position (20 %). Une « simplification de l’accès à la formation » constitue la troisième attente forte des répondants (15 %). Ce dernier souhait confirme la nécessité de simplifier l’accès au CPF pour permettre à ce dispositif de prendre toute son ampleur.

L’étude Afpa-Ipsos nous enseigne que les actifs ont pris conscience de l’importance des évolutions du monde professionnel, mais aussi du caractère décisif de la formation professionnelle pour sécuriser leur trajectoire dans ce contexte mouvant. En filigrane, elle montre aussi que notre système de formation semble toujours complexe aux Français, et qu’un véritable effort d’information, de clarification et de simplification doit encore être fourni. Dans ce domaine, il est impossible de s’en remettre uniquement aux pouvoirs publics : les entreprises doivent donc prendre toute leur part à ce travail.