Bruno Pireyn : « Travailler sur la RSE en matière de formation, c’est changer la culture des populations de l’entreprise »

16 Juin 2017 | Paroles d'experts | 0 commentaires

Passionné de développement durable, une notion qui a irrigué toute sa carrière au sein de grands groupes et organisations, Bruno Pireyn est aujourd’hui Directeur des Opérations du label LUCIE, label de référence de la responsabilité sociétale des entreprises. Spécialiste de la RSE, il évoque pour nous son activité et sa perception de ce sujet aujourd’hui stratégique pour les entreprises.

Vous êtes Directeur des Opérations du label LUCIE. Pouvez-vous nous résumer brièvement votre parcours ?

Je suis au départ technicien en génie de l’environnement. Après une école d’ingénieur en prévention des risques industriels, j’ai travaillé 7 ans en tant que responsable sécurité environnement pour L’Oréal. C’est là qu’est née ma passion pour le développement durable. Par la suite, j’ai effectué un Master HEC en management du développement durable, puis j’ai notamment travaillé pour les Nations Unies sur les thématiques de recyclage de déchets électroniques, ou pour Lexmark International sur l’intégration de la RSE dans le business model.

Quand et pourquoi est né le label LUCIE ?

Le label LUCIE est né en 2007 à l’initiative de Qualité France Association, une association de consommateurs existant depuis la seconde guerre mondiale et dont le but est de faciliter les choix des consommateurs. C’est elle qui a, notamment, géré le Label Rouge et le label AB. Le but était d’avoir un équivalent en développement durable. Des entreprises agissaient déjà dans ce domaine à travers leurs relations avec l’environnement, leurs clients, leurs collaborateurs, leurs fournisseurs, mais il n’y avait rien pour mettre leur engagement en valeur. L’idée était de créer pour elles une marque de reconnaissance.

Quel est le principe de fonctionnement du label LUCIE ?

Il s’agit d’un label d’engagement destiné à mettre en avant les entreprises qui ont une démarche réelle, sérieuse et pérenne de progrès en matière de responsabilité sociétale des entreprises. Cette notion de responsabilité sociétale est elle-même la déclinaison du concept de développement durable, mais pour les entreprises. Le principe est de travailler avec l’ensemble des parties prenantes – clients, fournisseurs, collaborateurs… – pour faire le bilan des activités et pratiques de l’entreprise. Des engagements de progrès sont alors définis pour que l’entreprise soit plus responsable sur les plans social, sociétal, environnemental. Toute cette démarche est cadrée au regard d’une norme, la norme ISO 26000.

Il s’agit pour les entreprises de s’autoévaluer : c’est-à-dire ?

Pour que le projet devienne réellement celui de l’entreprise, il est volontairement prévu que les collaborateurs, l’encadrement, mais aussi la Direction et les partenaires externes, conduisent une première auto-évaluation. Celle-ci leur permet de déterminer leur écosystème, leurs enjeux stratégiques par rapport à leur activité, et ce que seraient les bonnes pratiques à mettre en place pour être plus responsables. Et, dans une mesure moindre, pour se différencier des concurrents.

Comment, selon vous, s’articule la problématique de la formation professionnelle avec la RSE ?

Une démarche RSE ne fonctionne qu’à partir du moment où il y a prise de conscience de l’intérêt de la RSE pour l’entreprise. Et donc, directement, pour ses collaborateurs en termes de perspectives, d’emploi, de revenus, etc. Travailler sur la RSE en matière de formation, c’est changer la culture des populations de l’entreprise : il faut arriver à ce que celles-ci perçoivent la démarche non comme une contrainte, mais au contraire comme une opportunité. Si l’on fait un parallèle avec les langues étrangères, par exemple, vous aurez beaucoup de gens qui percevront comme une contrainte le fait de devoir suivre des cours d’anglais. Pourtant, progressivement, la plupart des intéressés vont prendre conscience que cela représente une opportunité pour eux-mêmes et pour l’entreprise. Former à la RSE, c’est rendre chaque personne de l’entreprise davantage acteur de l’avenir de celle-ci, puisque chacun va se voir confier des responsabilités et des actions qui vont contribuer à un progrès.

C’est un vrai changement de paradigme : il faut parvenir à ce qu’employés, managers et dirigeants se considèrent tous coresponsables des succès et des échecs de l’organisation. De nombreuses entreprises qui se sont engagées sur de nouveaux modes de management et de fonctionnement, par exemple de type entreprise libérée, connaissent des croissances beaucoup plus fortes.

La RSE amène donc des changements radicaux, jusque le domaine des RH…

La RSE oblige à avoir une vision de l’écosystème : chacun doit se regarder comme un maillon d’une chaine. Et c’est le fait de faire partie de cette chaine qui permet d’aboutir à de grandes réussites, qui n’auraient pas été possibles individuellement.

Quel lien faites-vous entre les notions de RSE et de QVT ?

La QVT est une partie importante de la RSE. Celle-ci compte 7 grandes thématiques, qui sont les suivantes : droits de l’Homme, relations et conditions de travail, fournisseurs, clients, gouvernance, environnement, sociétal. La QVT appartient à la seconde thématique, les conditions de travail. Il s’agit de faire en sorte que les gens se sentent mieux dans leur poste et dans l’entreprise pour y rester davantage, être plus performants et plus engagés dans leur travail. Le lien avec l’entreprise devenant plus fort, celle-ci peut alors tirer le meilleur de ses collaborateurs.

Le CNEFOP vient de référencer le label LUCIE sur la liste des labels certifiant la qualité des organismes de formation (décret qualité du 30 juin 2015). Votre label certifiera-t-il la qualité de l’organisme, ou également son engagement RSE ?

Les deux ! À la demande de certaines sociétés labellisées qui se trouvent être des organismes de formation, nous avons établi un référentiel RSE sectoriel pour les organismes de formation. Celui-ci va lier leur niveau de maturité sur les différentes thématiques de la RSE aux critères de qualité demandés par le CNEFOP pour les labels reconnaissant la qualité des formations. Pour le coût d’une seule démarche, le label LUCIE OF certifiera à la fois la qualité des formations dispensées par un organisme et la réalité de son engagement RSE. Cela peut ouvrir des perspectives à certains organismes, qui pourront ainsi transformer une contrainte réglementaire, la certification qualité, en une opportunité de différenciation. Nous sommes les seuls en France à proposer cela.

Une démarche RSE est-elle toujours sincère ? N’est-elle pas, parfois, seulement une posture à des fin de communication ?

Effectivement, un certain nombre d’entreprises font « comme si ». Cela ressemble à première vue à de la RSE, mais la démarche n’est pas réelle. Il suffit de creuser un peu, par exemple en interrogeant les collaborateurs ou les fournisseurs, pour s’en rendre compte. Quelles que soient les choses écrites dans les rapports ou au sein de l’entreprise, seule la réalité compte. L’intérêt d’une démarche comme notre labellisation est d’apporter une preuve irréfutable de l’engagement des entreprises, et c’est pour l’obtenir que ces dernières font appel à nous. Il ne suffit pas de peindre une enseigne en vert pour être crédible en terme de RSE. Aujourd’hui, il existe de plus en plus de thématiques dans ce domaine : la gouvernance, l’attitude des filiales de l’entreprise dans les pays en développement, les conditions de travail, le travail détaché… Ces sujets, pour certains, ne sont pas nouveaux !

Quel est le dénominateur commun entre tous ces sujets ?

Le mot central de la RSE, c’est le respect. Le respect des parties prenantes, de l’environnement, de l’intérêt commun, qui justifie que l’on fasse les choses différemment. La RSE n’est finalement que du respect décliné sous plusieurs formes : travailler avec plus de respect, c’est obtenir plus de respect en retour. Si vous rassemblez des gens autour d’une table et leur demandez de décrire la manière dont l’entreprise fonctionne, et de faire des propositions pour qu’elle fonctionne encore mieux demain grâce à leur aide, vous les valorisez. La démarche fonctionne parce qu’on travaille là sur des valeurs de contribution : on se situe sur les niveaux élevés de la pyramide de Maslow. Il ne s’agit pas là d’améliorer une machine, mais quelque chose de plus engageant, de plus noble. Contribuer à rendre meilleure, par son travail, l’entreprise dans laquelle on travaille, c’est sortir du rôle d’exécutant pour endosser celui de stratège. C’est l’une des choses que peut apporter la RSE.