Abondement du CPF en euros : le taux de la discorde

15 Nov 2018 | L'actu en bref | 0 commentaires

La loi Avenir professionnel prévoit la bascule de l’abondement du CPF des heures aux euros à partir du 1er  janvier 2019. Effet psychologique prévisible de cet événement, on assiste depuis cet été à une explosion des demandes de mobilisation de leur CPF par les salariés. Entre incertitudes et rumeurs, difficile d’y voir clair. Quel conseil donner à vos salariés relativement à leur CPF ?  

L’heure de formation à 15 € ?

Selon le gouvernement, la loi Avenir professionnel permettra à tout salarié de financer sa formation à sa guise d’ici à l’automne prochain, le temps que soit mise au point l’application mobile promise pour gérer directement son CPF avec les organismes de formation. En attendant cette échéance, les OPCA, qui vont devenir OPCO, demeurent les intermédiaires pour instruire les demandes.

L’élément majeur expliquant la demande de mobilisation de CPF massive actuelle, c’est la possible perte de « pouvoir d’achat en formation » au moment de la bascule. En effet, le taux de conversion annoncé valorise l’heure à 15 €. Pour justifier ce choix, on indique au ministère du Travail que le coût moyen d’une heure de formation au titre du CPF serait d’environ 12 €. Mais nombre de partenaires sociaux, d’organismes et de salariés contestent ce chiffre qui, d’après eux, ne reflète pas les tarifs du marché. De fait, à titre d’exemple, une heure de formation préparant à l’obtention du TOEIC (anglais) ou du TOSA (bureautique et compétences digitales), deux certifications très demandées, est généralement supérieure à 20 euros.

Par ailleurs, d’après certains observateurs se référant à une étude (non disponible en ligne) de la Dares, le tarif moyen d’une heure de formation en CPF serait d’environ 30 €. En raisonnant à partir de ce chiffre, un salarié qui disposerait aujourd’hui de 100 heures de droit ne disposerait donc plus, après la bascule en euros, que d’une somme correspondant à la moitié de ces heures (1 500 € au lieu de 3 000 €).

Activer impérativement les CPF avant l’échéance

Cette potentielle « perte d’heures » de formation pour les salariés a déclenché sur le CPF une ruée telle que les OPCA n’arrivent plus à faire face aux demandes, techniquement et financièrement. D’après le ministère du Travail, le phénomène aurait été amplifié par les campagnes  de communication des organismes de formation, dont certaines auraient diffusé des informations « mensongères ».

Il reste, en l’état actuel des choses, que les salariés qui vont tenter de mobiliser leur CPF avant la bascule ont très peu de chances d’obtenir satisfaction, la plupart des OPCA n’ayant plus les moyens de financer des formations en 2018. Inutile, donc, de se précipiter pour mobiliser son compte.

En revanche, il est essentiel que les collaborateurs des entreprises qui ne l’ont pas fait activent leur CPF. En effet, la bascule en euros comporte d’autres incertitudes, notamment sur la possibilité de conserver les heures acquises de l’ancien DIF : alors que celles-ci étaient théoriquement utilisables jusqu’en 2020, elles seront vraisemblablement perdues si elles ne figurent pas dans le CPF au 31 décembre 2018. Dans ce contexte, n’hésitez pas à inciter encore et encore vos salariés qui ne l’auraient fait à activer leur compte personnel de formation et à renseigner leurs heures DIF, en se rendant sur le nouveau site officiel qui rassemble compte d’activité et compte de formation.

Un décret devrait confirmer très bientôt le taux de conversion retenu pour l’abondement du CPF en euros. L’action des partenaires sociaux ou l’avis d’acteurs institutionnels, comme le Cnefop, permettront-ils une révision à la hausse de ce taux ? Le ministère du Travail semble pour l’heure inflexible. 

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